Une histoire de fous, part 1

Publié le par Hippolyte

Bonsoir,

 

Début d'un peut-être quelque chose. ;) N'hésitez pas à commenter.

 

 

Une histoire de fous

Prologue-

 

Il existe une légende. Chargé d'un poids si lourd, qu'elle fut jadis enterrée au plus profond des souvenirs, du dernier véritable immortel de cette terre. Des souvenirs, il en possède. Plus que de raison surement. Il veille à ce que l'héritage qu'on lui a transmis, à ce que l'histoire qu'il a vécu, survive au monde lui-même. Il est simplement l'immortel. Bien des gens se sont auto-proclamés comme tel. Il les a tous vus succomber. Tôt ou tard, ils tombent tous. Lui n'est pas un dieu. Pas un homme non plus. Ou bien maudit peut être. En fait, personne n'a jamais vraiment su ce qu'il était. Il ne se souvient pas d'être né. Ne se souvient pas d'avoir grandi. Il sait juste qu'il est ici depuis que le monde est monde. Ses souvenirs les plus anciens s'évanouissent, pour que d'autres, plus récent, plus marquant ou plus urgent prennent à leurs tours leurs places. Il sait beaucoup de choses. Beaucoup plus que quiconque. Mais ne peut pas se souvenir de tout.

Il n'a plus qu'une enveloppe physique réduite. Brulé, torturé, blessé, décapité, démembré, noyé, éviscéré, sans parler du reste. Son corps n'était pas éternel. Il ne reste qu'un crâne. Avec ce qu'il pense être son esprit, son âme pour encore l'animer. Oui. Il a un jour eu l'apparence d'un homme. Cela fait bien longtemps.

Depuis de trop nombreuses années, il attend. Dans le noir le plus total, il entend tout. Jusqu'au moindre murmure à l'autre bout de la terre. Et il enregistre. Sentinelle insondable, aujourd'hui perdu pour les mortels.

 

1-

 

Il fallait qu'elle le trouve. Sinon qui? Pour ne pas avoir le choix, elle ne l'avait pas. Ou du moins elle ne l'avait plus. Vieille prune moisie. Voilà ce qu'elle était aujourd'hui. Avoir vendu son âme au diable pour de telles futilités. Bien mal lui en avait pris. Erreur de jeunesse peut être. Mais quelle sottise. Stupide, elle l'était surement, ou aveuglée par un pouvoir qu'elle pensait pouvoir contrôler, le résultat était le même. Inconscience. Elle avait appris depuis le temps, que pester contre le passer n'aidait en aucun cas à améliorer sa situation présente. 487 ans à apprendre de ses erreurs, ça laisse le temps. Et bien selon son point de vue, c'était beaucoup trop.
Au début, ce n'était pas si mal. La jeunesse, l'insouciance, les folies, les hommes, les femmes, ah ça oui, elle en avait profité. Elle était immortelle, oui ou non? Mais à la première ride, son sourire et son bonheur s'était vite fané. Elle apprit un peu tard, qu'immortalité et jeunesse n'allait pas forcément de pair. Quand on vous dit que négocier avec un génie est un art qu'il faut bien maitriser avant de s'y lancer...

La voici donc à poursuivre des chimères pour chercher un moyen sur de fuir définitivement sa condition. Elle aurait bien tenté de se couper la tête, de se bruler vive ou tout autre type de sévices susceptible de tuer un homme, mais si ça ne marchait pas et qu'elle restait en deux morceaux ou même plus et toujours vivante? Sans aucun moyen d'y remédier? Non, elle ne pouvait pas y penser. Durant sa pénible exode, elle avait entendu parler d'une légende. Un homme, apparu en même temps que le monde lui-même, et qui entendait tout, partout en même temps. Absurde, direz vous? Pas si sûr. Elle l'avait appris d'une source relativement crédible. Cela lui avait redonné espoir. Suite à une centaine d'années à remuer ciel et terre, elle avait peut-être une piste? Aussi infime soit elle, elle allait la suivre, l'arpenter, l'examiner minutieusement jusqu'à en épuiser toutes les possibilités. S'il y avait une chance que cet homme ai la solution à son problème, elle ne le laisserait pas passer.
Son démon personnel, celui qui avait fait d'elle ce qu'elle était, ayant disparu définitivement de cette terre. Il ne lui était plus d'aucun secours. Il fallait bien qu'elle cherche une alternative. Si même lui avait pu mourir ou du moins disparaitre, il n'y avait pas de raison qu'il en soit autrement pour elle. Il fallait simplement qu'elle trouve la solution. Et vite, avant qu'elle ne devienne plus folle que ce qu'elle était déjà.

Ses premières recherchent la menèrent en Irlande. Et bien, cela faisait longtemps qu'elle n'y était pas retournée.

 

2 -

 

Bien. Des créatures étranges peuplent ses rêves depuis plusieurs jours maintenant. Sa copine l'a largué pour la simple raison qu'elle le trouvait flippant. Il est en retard pour payer son loyer pour la troisième fois. Et il vient de se faire licencier de son job d'intégrateur html pour raison économique. Tout allait bien. Il attendait la prochaine catastrophe avec appréhension, assis dans son fauteuil, les yeux fermés, restant le plus éloigné possible des ennuis pendant quelques minutes.

Mais comme on dit parfois, si vous n'allez pas à eux, c'est eux qui viennent à vous. Quelqu'un frappa à la porte. Il mit plusieurs secondes avant de décider s'il allait ouvrir ou non. Les coups devenaient plus dur, plus pressant. Et en lâchant un défaitiste, "j'arrive", il se leva péniblement de son fauteuil pour ouvrir la porte de ses doigts engourdis. Décidément, il semblait que comme dans les films et les livres, les événements les plus étranges et les plus improbables arrivent successivement.

Quand ses yeux croisèrent ceux de son visiteur, il cligna plusieurs fois des paupières, afin d'être sur d'avoir bien vu. Avant que son cerveau n'aie pu enregistrer ce qu'il avait sous les yeux, une silhouette décharnée le poussa sans ménagement en marmonnant et pestant contre lui, qu'aujourd'hui les gens ne savaient plus accueillir leurs hôtes.
Reprenant ses esprits, il se pinça pour être sur de ne pas rêver. Une momie venait de s'installer confortablement dans SON fauteuil. Une momie, à première vue, recouverte de parchemin, qui se mouvait avec difficulté et qui le regardait d'un air mauvais.


_ Et bien ! Je ne sais pas moi, salue moi, propose moi à boire, fais quelque chose plutôt que de rester là comme une andouille inutile !


Sa voix était roque et râpeuse si bien que plusieurs vies à boire et à fumer en excès n'aurait pas donné un résultat plus impressionnant.
Sortant une fois de plus de sa torpeur, il réussit vaguement à balbutier quelques mots.

_Qui êtes vous?


Trois, ce n'était déjà pas si mal. Il était encore sous le choc et bien que la situation ne manque pas d'originalité, il ne trouva rien d'autre à dire.


_ Qui je suis? Ta grand-mère crétin, va me chercher un whisky, rend toi utile.


_Euh, mes grand-mères sont mortes depuis déjà quelques années. Excusez-moi, mais vous ne voudriez pas sortir de chez moi?


_ Un whisky non de non ! T'es sourd en plus d'être stupide et mal elevé? J'ai arrêté de m'y intéresser, mais je suis surement plus la grand-mère de la grand-mère à ta grand-mère si ce n'est pas plus. Vas me chercher à boire et je te raconterais peut-être.


Il resta néanmoins planté là pendant un temps indéterminé, alors que la vieille femme sortait un paquet de cigarette de sa poche. Comme hypnotisé, il la regarda l'allumer et tirer une grande bouffée avant de détourner les yeux et les talons par la même occasion pour aller se réfugier dans la cuisine.

 

À suivre...

 

 

 

Hippolyte et la racine de millepertuis

Publié dans Scribouillage suspendu

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